Concurrence économique

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Pour Montesquieu[1] « c’est la concurrence qui met un juste prix aux marchandises, et qui établit les vrais rapports entre elles ». De nos jours, même si pour les économistes les choses ne sont pas fondamentalement différentes, ils préféreraient écrire que la concurrence est une situation dans laquelle les entreprises (les « offreurs ») sont en compétition[2] pour vendre des biens et des services sur le marché à des acheteurs (les consommateurs), lesquels choisissent les meilleures conditions de prix, de qualité, de garantie, etc.

Depuis Montesquieu et Adam Smith, la concurrence est un concept fondamental de la tradition libérale [3]. Elle favorise la liberté individuelle et donne non seulement le droit mais aussi la possibilité matérielle aux agents économiques de pouvoir faire des choix. Elle favorise l’adaptation permanente entre offre et demande, l’efficience économique et l’innovation.

À partir de la fin du XIXe siècle, les économistes les plus influents des pays à économie de marché[4] ne vont plus voir la concurrence comme dépendante d’un état de nature mais comme s’inscrivant dans le cadre de ce que Jacques Rueff[5] appelle un marché institutionnel fait de normes juridiques dépendantes de théories économiques (lois et économie) que des organismes quasi-judiciaires de contrôle sont chargés de faire respecter dans le cadre de politiques de la concurrence.

Sommaire

[modifier] La concurrence dans l’histoire de la pensée économique

[modifier] La notion de concurrence chez les économistes de l’école classique

Adam Smith dans la Richesse des Nations insiste sur deux aspects de la concurrence : sa plus ou moins grande intensité a une influence sur le prix [6], elle contribue à faire baisser les profits. « L’accroissement des capitaux en augmentant la concurrence, doit nécessairement réduire les profits »[7]. Il reproche aux politiques mercantilistes en vigueur de son temps :

  • de restreindre la concurrence dans certains secteurs en empêchant l’entrée de concurrents (c’est ce que nous appelons de nos jours les barrières à l’entrée)
  • de trop aider certains secteurs et d'y augmenter ainsi de façon non justifiée économiquement le nombre d'acteurs. Smith pense notamment aux aides données à certains enseignements qui conduisent selon lui à un trop grand nombre d’ecclésiastiques et de gens de lettres[8].

Pour George Stigler[9] la position des économistes classiques peut être ainsi résumée: « chaque propriétaire d’une ressource productive cherchera à l’employer dans un secteur où il espère que le retour sur investissement (return) sera le plus élevé. Il en résulte qu’avec la concurrence chaque ressource sera distribuée dans tous les secteurs de telle sorte que le taux de retour (ou profit) sera le même partout». Cela conduira John Stuart Mill à écrire en 1848 «qu’il ne peut y avoir deux prix sur le même marché [10]». Les économistes classiques ne se sont pas réellement préoccupés de donner une définition précise de la concurrence car alors les cas de monopoles étaient très rares. Harold Demsetz n’a trouvé chez Adam Smith que peu de pages dédiées aux monopoles et une seule dans les Principles of Political Economy de John Stuart Mill[11].

[modifier] Montée des monopoles et concurrence pure et parfaite

À partir du dernier tiers du XIXe siècle, avec l’émergence des très grandes entreprises, notamment dans les chemins de fer, l’acier, etc., les économistes vont être conduits à préciser ce qu’est la concurrence [12]. C’est Augustin Cournot[13] qui le premier en 1838 dans son ouvrage Recherches sur les principes mathématiques de la théorie des richesses donna une définition précise non de la concurrence mais de ses effets : il y a concurrence quand le prix approche le coût marginal de la firme. En 1871, William Stanley Jevons introduisit la notion de connaissance parfaite des conditions de l’offre et de la demande. Francis Ysidro Edgeworth fut le premier économiste[14] à tenter de définir de façon rigoureuse ce que pouvait être une concurrence parfaite. Pour George Stigler[15], la longue liste de conditions énoncées peut se réduire à deux : une nombre important de concurrents (déjà énoncée par Augustin Cournot), et l’information parfaite déjà aperçue par William Stanley Jevons. La particularité d’Edgeworth réside peut-être dans l’importance qu’il donne aux contrats. John Bates Clark[16]introduisit en 1899 la notion de mobilité des ressources et finalement c’est Frank Knignt qui en 1921 dans son ouvrage Risk Uncertainty and Profit [17] énonça les cinq conditions de la concurrence pure et parfaite que nous connaissons aujourd’hui. La concurrence pure et parfaite est un élément central pour que, dans la théorie néoclassique telle qu’elle a été développée par Léon Walras, Alfred Marshall, Vilfredo Pareto, l’économie puisse permettre à chacun d’obtenir une satisfaction maximale.

Toutefois, ces auteurs raisonnent dans le cadre d’une économie stationnaire. Quand Joseph Schumpeter va introduire l’innovation et en faire l’essence de la concurrence en régime capitaliste les choses vont changer. Malgré tout et malgré les tentatives d’Israel Kirzner, d’ Harold Demsetz et de John Maurice Bates Clark, le concept de concurrence pure et parfaite demeure central en économie théorique[18]. Même les théoriciens des courants néokeynésien et néoclassique; à travers « concurrence imparfaite », analysent les écarts entre la réalité de la concurrence et le modèle de la concurrence pure et parfaite. Les recherches en économie portent désormais sur les situations d’asymétrie d'information, les monopoles naturels, l’organisation de l’économie publique, etc.

Les seuls à s’être le plus éloignés de la théorie de la concurrence pure et parfaite sont l’école autrichienne et la théorie des marchés contestables fondée sur les barrières à l’entrée et à la sortie qui gagne actuellement du terrain.

[modifier] Les analyses micro-économiques de la concurrence

Icône de détail Article détaillé : micro-économie.

La concurrence pure et parfaite et l’équilibre général dans lequel elle s’insére sont au centre du clivage entre économistes hétérodoxes et orthodoxes. Delfavard [19] distingue dans le domaine de la microéconomie deux grandes familles. "La première regroupe les modèles de concurrence parfaite dont la vocation est depuis Walras idéaliste. Ils construisent les échanges sociaux de sorte que chaque individu obtienne ce qui naturellement lui revient....La seconde famille regroupe les modèles de concurrence imparfaite dont la vocation est depuis Cournot réaliste". Malgré son idéalisme la concurrence pure et parfaite a un fort pouvoir normatif alors que la concurrence imparfaite étudiée plus spécialement par la branche de la microéconomie nommée économie industrielle est plus utile pour les agents dans leur vie quotidienne.

[modifier] La concurrence pure et parfaite et la microéconomie néoclassique d’inspiration walrassienne

Icône de détail Article détaillé : équilibre général.

Le modèle de concurrence pure et parfaite permet de démontrer qu’il existe au moins un ensemble de prix qui permet d’atteindre l’optimum de Pareto c’est-à-dire un état dans lequel on ne peut pas améliorer le bien-être d’un individu sans détériorer celui d’un autre. La démonstration de l’existence de cette équilibre général ( ou pour parler comme au XVIIIe siècle d’un meilleur des mondes économiques possible) a été faite dans les années cinquante par Kenneth Arrow, et Gérard Debreu[20] en ajoutant aux cinq conditions suivantes d’autres hypothèses[21]

[modifier] Les conditions

Les cinq conditions de la concurrence pure et parfaite ont été explicitées par Frank Knight[22] en 1921. La concurrence pure et parfaite représente un des deux cas extrêmes de structures de marché étudiés par les économistes néoclassiques, le second étant le cas de monopole. La concurrence parfaite est censée permettre l’équilibre sur tous les marchés sous des conditions suffisantes très particulières. Chaque marché doit remplir les trois conditions suivantes :

  1. l’atomicité : le nombre d’acheteurs et de vendeurs est très grand donc l’offre ou la demande de chaque agent est négligeable par rapport à l’offre totale ; aucun agent ne peut fixer les prix. Cette hypothèse exclut notamment la possibilité de rendements croissants à la production, dans la mesure où ils conduisent à la formation de monopoles naturels, pourtant possibles en pratique.
  2. l’homogénéité des produits : les biens échangés sont semblables en qualité et en caractéristiques, et donc substituables ; un produit de meilleure qualité constitue donc un autre marché.
  3. La transparence de l’information : l’information parfaite de tous les agents sur tous les autres et sur le bien échangé suppose une information gratuite et immédiate ; la théorie montre que le processus de fixation des prix est alors équivalent à la présence d’un « commissaire-priseur », qui centralise les offres et les demandes, et qui calcule le prix d’équilibre, et par conséquent la production et la consommation de chacun. On suppose l’absence d’échange de gré à gré.

Les conséquences de ces trois hypothèses sont que d’une part le prix est la seule motivation pour échanger ou renoncer à échanger sur le marché (et non la qualité par exemple) et, d’autre part, le prix est fixé par le marché et s’impose à tous les protagonistes, il n’existe alors qu’un seul prix pour un seul bien quel que soit le lieu d’achat.

Il faut ajouter deux hypothèses qui lient les marchés entre eux :

  1. la libre entrée et sortie sur le marché : il ne doit y avoir aucune entrave tarifaire (protectionnisme), administrative (numerus clausus), technique à l’entrée d’un offreur ou d’un demandeur supplémentaire.
  2. la libre circulation des facteurs de production (le capital et le travail) : la main-d’œuvre et les capitaux se dirigent spontanément vers les marchés où la demande est supérieure à l’offre ; il n’y a pas de délai ni de coût dans leur reconversion.

Ces deux dernières hypothèses permettent une convergence sur le long terme des taux de salaire et de profit entre les différents secteurs économiques et les différents pays.

Il s’agit donc d’un cadre très contraignant. Pour répondre à la question de la fixation des prix, les néoclassiques ont développé dans la théorie de l’équilibre général l’idée d’une convergence progressive des prix vers le prix d’équilibre ; Léon Walras a introduit un mécanisme de tâtonnements. Le concept est différent de la main invisible d’Adam Smith, [23] et semble plus proche de la notion d’ordre que l’on trouve chez Malebranche[24].

[modifier] Utilisation

Si le modèle de concurrence parfaite occupe une place importante dans la modélisation économique, c’est d’abord parce qu’il permet une analyse mathématique aisée à base d’optima, et aussi parce que les situations d’équilibre sont des optima mathématiques vérifiant certaines propriétés d’efficacité allocative (efficacité selon Pareto). L’hypothèse de concurrence pure et parfaite est utilisée dans la démonstration des deux théorèmes du bien-être.

A partir des propriétés de la concurrence, il est possible de démontrer dans un cadre théorique néoclassique que le prix en concurrence parfaite est égal au coût marginal ( \ Cm) et qu’à long terme, le profit économique est nul. On introduit pour cela l’hypothèse supplémentaire que chaque entreprise a pour objectif de maximiser son profit, \ \Pi, défini comme la différence entre la recette totale (ou chiffre d'affaires) \ RT = p.q et le coût total \ CT . Chaque entreprise peut jouer sur la quantité produite \ q mais elle est « preneuse » du prix de vente \ p . Mathématiquement, trouver le maximum d’une fonction correspond à annuler la dérivée de la fonction de profit :

 max\ \Pi \ \Leftrightarrow \ \frac{d \Pi(q)}{d q} = \Pi'(q) = 0 \ \Leftrightarrow \ \frac{d RT}{d q} - \frac{d CT}{d q}= \frac{d (p.q)}{d q} - Cm = 0 \ \Leftrightarrow \ p = Cm

À l’équilibre, le prix est donc égal au coût marginal. À court et moyen terme, s’il y a un secteur économique bénéficiaire (\ \Pi>0), des entreprises vont entrer sur ce secteur : l’offre va augmenter et les prix vont baisser. Les profits des entreprises sur ce marché vont diminuer jusqu’à s’annuler.

[modifier] Limites et critiques du modèle de concurrence parfaite

  • Le théorème de Sonnenschein-Mantel-Debreu (1973-74) montre que l’équilibre général n’est pas stable. En un mot rien ne conduit automatiquement vers le meilleur des mondes économiques possible et même si on l’atteint il y a peu de chance d’y demeurer
  • La concurrence pure et parfaite suppose que les agents économiques soient totalement rationnels. Actuellement à la suite d’Herbert Simon et de Friedrich Hayek les économistes raisonnent plutôt dans le cadre de la rationalité limitée
  • Les conditions requises ne sont pas réalistes. Sur ce point, Milton Friedman[25] rétorque « la question adéquate à poser concernant les « postulats » d’une théorie n’est pas celle de savoir s’ils sont empiriquement « réalistes », car ils ne le sont jamais, mais s’ils constituent des approximations suffisamment correctes par rapport au but recherché. et on ne peut répondre à cette question qu’en tentant de voir si la théorie fonctionne, donc si elle permet des prévisions suffisamment précises»
  • La concurrence pure et parfaite suppose que l’information des agents soit elle-même parfaite ce qui a amené dès 1937 Friedrich Hayek[26] à prendre ses distances dans un article où il montre la difficulté d’obtenir et de transmettre l’information (knowledge). D’une certaine façon, sur ce point, il a été précurseur. De nos jours de plus en plus d’économistes se penchent sur l’asymétrie d'information
  • En règle générale l’école autrichienne rejette la concurrence pure et parfaite[27]. En effet, pour eux elle repose sur des hypothèses totalement irréalistes (atomicité, transparence...) et ne permet pas de rendre compte du véritable cadre institutionnel du modèle (c’est-à-dire la forme d’organisation, les règles de ce modèle). Un exemple souvent donné par ces économistes est le fait que, dans ce modèle où les agents sont tous preneurs de prix, cette présentation ne permet pas de répondre de manière claire à la question « qui fixe les prix? », ce qui conduit à la fiction du commissaire-priseur, dont le rôle imaginaire est de proposer des prix aux agents et de fixer les prix d’équilibre.
  • Cette présentation omet aussi de préciser les conjectures (croyances) des agents (chacun pense qu’il pourra acheter et vendre tout ce qu’il désire aux prix affichés, indépendamment de ce que peuvent faire les autres), l’absence d’incertitude concernant les biens et les revenus futurs (hypothèse dite de système complet de marché) et l’inexistence d’indivisibilités et de coûts de transport (théorème d’impossibilité spatiale de Starrett[28].)

Pour les marxistes, la concurrence pure et parfaite est une « fadaise » (pour reprendre les termes de Marx) dont le but est uniquement de justifier le système capitaliste. Il ne faut pas y chercher une quelconque vraisemblance mais les idées de la classe dominante pour asseoir sa domination.

D’une manière générale l’importance du modèle de la concurrence pure et parfaite semble surestimée par les non économistes qui, notamment en France le voient, comme étant la quintessence de la théorie néoclassique. Daniel Cohen de manière peut-être trop abrupte écrit « dans l’esprit de beaucoup, la science économique se résume pour l’essentiel à ce modèle. Or, cela fait des années qu’il a été abandonné par les économistes dits, encore, néoclassiques. » [29]. Il reste néanmoins à la base de l’enseignement universitaire de l’économie.

[modifier] La concurrence imparfaite et l’économie industrielle

Icône de détail Articles détaillés : Concurrence imparfaite et économie industrielle.

La concurrence imparfaite désigne toutes les situations où les conditions de la concurrence parfaite ne sont pas respectées. C’est celle de tous les jours, celle où les agents peuvent développer des stratégies de façon à maximiser leurs gains. Ce champ est actuellement l’objet de recherche intense. Les interactions stratégiques entre agents sont étudiées par la théorie des jeux

[modifier] Le tableau de Stackelberg

Un tableau dit de Stackelberg recense les différents modèles de la concurrence sur un marché, en fonction de la situation des acheteurs et des vendeurs.

Tableau de Stackelberg
Demande / Offre un vendeur quelques vendeurs nombreux vendeurs
un acheteur monopole bilatéral monopsone contrarié monopsone
quelques acheteurs monopole contrarié oligopole bilatéral oligopsone
nombreux acheteurs monopole oligopole concurrence parfaite

[modifier] Présentation des cas les plus usuels de concurrence imparfaite

  • Les oligopoles. Dans ce cas les entreprises seront tentées de s’entendre pour fixer des prix plus élevés que ceux qui résulteraient de la concurrence pure et parfaite. Les ententes sont en général interdites. En France les oligopoles privés (téléphonies, banques, grande distributions, professions réglementés) sont parfois rendus responsables de la vie chère [30]. Deux situations d’oligopole ont été particulièrement étudiées :
    • le duopole de Bertrand où les deux entreprises présentes sur le marché se font concurrence sur les prix
    • Le duopole de Cournot où les deux entreprises présentes sur le marché se font concurrence sur les quantités. Avec dans ce cas un raffinement le duopole de Stackelberg où une des deux entreprises est en position de leader sur le marché
  • Le monopole (du grec monos signifiant « un » et polein signifiant « vendre ») désigne une situation dans laquelle un offreur est seul à vendre un produit donné à une multitude d’acheteurs. Dans une telle situation, l’offreur est capable d’imposer seul le prix de vente du produit concerné. Il se retrouve alors dans une situation dite de price-maker (faiseur de prix), tandis qu’une entreprise faisant face à la concurrence subit une situation de price-taker (preneur de prix). Ce pouvoir sur le marché est très recherché par les entreprises, mais est considéré comme nuisible aux consommateurs. Il est donc souvent combattu par les pouvoirs publics et dénoncé par une majorité d’économistes. Les fusions-acquisitions permettent aux entreprises d’accroître leur pouvoir sur le marché voir parfois d’arriver en situation de monopole.
  • Dans le cas de la concurrence monopolistique les entreprises vont adopter des stratégies de différenciation de façon à avoir en quelque sorte un monopole sur leur produit. Exemple, seul Rolls-Royce peut fabriquer ce type d’automobiles.

[modifier] Les entreprises et la concurrence

La concurrence pousse les entreprises à adapter en permanence leurs produits/services aux attentes actuelles et futures de leurs clients. Elle les pousse à innover et à chercher à réduire les coûts. La concurrence étant le plus souvent imparfaite, elle les pousse à adopter diverses stratégies pour tirer au mieux leur épingle du jeu. Mais les entreprises sont aussi des formes alternatives au marché qui remplacent la concurrence par le contrat ou la hiérarchie comme l’ont montré Ronald Coase et Oliver Williamson.

[modifier] L’entreprise structure alternative au marché et à la concurrence

Ronald Coase[31] va poser la question de savoir pourquoi les firmes existent. En effet si la libre concurrence fonctionnait partout, il n’y aurait pas besoin d’entreprises, lieux où l’agent se soumet au pouvoir hiérarchique de son supérieur. Pour Ronald Coase le recours à la firme s’explique parce que le fonctionnement du marché engendre des coûts de transaction et qu’une organisation comme l’entreprise permet de réduire. Pourquoi dès lors ne pas avoir qu’une seule grande firme. Oliver Williamson[32] dans son livre Les Institutions de l’économie, montrera que la firme se heurte à des problèmes d’incitations et de bureaucratie.

[modifier] Stratégies des entreprises

Icône de détail Article détaillé : stratégie d'entreprise.

L’existence d’une forme de concurrence, même imparfaite, crée pour les entreprises, quelle que soit leur taille, une situation de compétition vis-à-vis de leurs concurrentes qui les incitent à une recherche permanente d’une meilleure efficacité économique, de produits novateurs capables de maintenir ou d’augmenter leurs parts de marché, et d’augmenter leur taux de marge.

Dans les secteurs à changement technologique rapide, et donc d’obsolescence accélérée, la concurrence peut conduire à des changements rapides dans les parts de marché des entreprises, et donc à une situation instable.

La stratégie des entreprises consiste par différents moyens, à se distinguer des concurrents et à s’éloigner des conditions de concurrence parfaite :

  • Stratégie de différenciation, par le marketing (adaptation au marché), l’innovation et les prix.
    • le marketing passe par l’adaptation au marché des produits et services, du type de distribution, de la communication et le développement de la notoriété et des marques. Une marque reconnue restitue à l’entreprise qui la possède une sorte de « monopole » : seul Rolls-Royce peut fabriquer ce type d’automobiles. Les appellations (AOC par exemple) entrent dans cette stratégie.
    • l’innovation consiste à créer de nouveaux produits et donc de nouveaux marchés, sur lesquels l’entreprise innovatrice sera seule, au moins pour un temps.
    • elle consiste aussi à améliorer les méthodes de production pour réduire les coûts et améliorer la compétitivité en matière de prix de vente.
  • Stratégie de développement externe : par des alliances ou des fusions-acquisitions, l’entreprise cherche à grossir en taille pour obtenir une part de marché dominante (position de leader ou coleader), pouvant aller jusqu’à éliminer des concurrents moins bien placés, ou du moins les neutraliser.
  • Information sur le marché : marketing et intelligence économique. Dans un marché concurrentiel, il est vital pour une entreprise de saisir les attentes et les évolutions du marché (études de marché), mais aussi les stratégies des concurrents (veille concurrentielle) et également les évolutions de la réglementation.
  • Stratégie d’influence : il s’agit pour les entreprises d’obtenir des inflexions, voire des décisions qui leur soient favorables.

[modifier] Les politiques de la concurrence

Icône de détail Article détaillé : politique de concurrence.

La politique de la concurrence désigne les actions pour éliminer ou du moins pour restreindre les comportements publics ou privés visant à limiter la concurrence. Par ce biais, elles cherchent à favoriser la croissance et le bien-être des citoyens. Les États-Unis ont été pionnier en ce domaine avec le Sherman Act de 1890. Si en Allemagne de telles politiques ont été mises en œuvre dés la fin de la seconde guerre mondiale l’impulsion notamment des ordo-libéraux,il faudra attendre le traité de Rome de 1957 pour qu’elles soient généralisées au niveau de l’Union européenne.

[modifier] Les fondements

[modifier] Quel « efficiency-mix » pour les politiques de la concurrence ?

Pour Brodley[33], il est possible de distinguer trois sortes d’efficience :

  • Une efficience productive
  • Une efficience dynamique ou d’innovation qui vise à la création de nouveaux produits et de nouvelles technologies
  • Une efficience allocative

Le mix de ces diverses efficiences peut conduire pour Michel Glais[34] à trois types de politique de la concurrence :

  • L’une va « privilégier la maximisation de la richesse sociale sans s’inquiéter de sa répartition entre producteurs et consommateurs ». C’est plutôt l’optique de l’école de Chicago.
  • L’autre va privilégier la lutte contre le pouvoir du marché et favoriser l’efficience allocative. C’est plutôt l’optique de l’école structuraliste de Harvard
  • Enfin, il est aussi possible de « reconnaître la nécessité de protéger, en longue période, l’intérêt des consommateurs » mais d’«accepter que, dans certains cas, l’accroissement du bien-être de la société dans son ensemble l’emporte sur l’intérêt à court terme des acheteurs finals ». Ce serait plutôt[35] la voie prise par les autorités de la concurrence de nos jours [36].

[modifier] L’école de Harvard

En réalité il a existé deux écoles à Harvard qui se sont intéressées à la politique de la concurrence : La Harvard School of Law au début du vingtième siècle et la Harvard School of Government autour d’Edward Mason à partir de la fin des années trente. Dans les deux cas c’est un peu sommaire de les appeler de Harvard car d’autres universités ont également travaillé sur ce sujet.

Concernant la Harvard School of Law, des juristes comme Oliver Wendell Holmes, Louis Brandeis et Roscoe Pound qui en fut le doyen de 1915 à 1936, ont compris qu’au-delà du domaine économique, le laissez-faire constituait d’abord un défi à leur conception des lois et qu’il conduisait la Cour suprême des États-Unis à renier la tradition des lois de Lord Coke[37] pour deux raisons.

  • Les juges de la Cour suprême, à la fin du XIXe siècle, sous l’influence du laissez faire à la Herbert Spencer, pensaient que leur mission était d’abord de protéger les droits naturels des hommes contre l’État et la société laissant de facto l’homme concret désarmé face aux grandes entreprises qu’elle assimilait à des personnes humaines de façon à leur appliquer la clause dite du due process[38]. Ce faisant elle empêchait l’adoption de toute mesure sociale venant contre-balancer leur pouvoir et était donc un obstacle au principe des « check and Balance »
  • D’autre part, le laissez-faire pris dans un sens extrême à la Herbert Spencer suppose de s’en remettre à une force supérieure censée nous conduire vers le meilleur des mondes possibles. Or dans la tradition de la loi de ces juristes les lois ne sont ni des forces aveugles qui s’imposent aux hommes, ni l’incarnation d’une raison naturelle toute puissante, elles sont trouvées à travers l’expérience et la raison entendue comme incluant un effort sur soi, un certain détachement des passions. [39]

L’école structuraliste dite de Harvard, est venue d’une certaine façon dans un second temps donner aux juristes la théorie économique sur laquelle ils peuvent s’appuyer quand ils ont à trancher des cas concrets. Elle a été marquée par la personnalité et les travaux d’Edward Mason et ceux de Joe Bain. La thèse structuraliste est bien illustrée par le modèle SCP d’Edward Mason où la structure du marché (S) influence le comportement des firmes (C) et les performances des firmes (P)[40]. Les structuralistes ont une vision de la concurrence proche des néo-classiques et comme eux, ils voient la concentration des firmes comme quelque chose dont il convient de se méfier car pour eux cela conduit les firmes à accroitre leurs profits au détriment du consommateur. Par ailleurs, ils mettent l’accent sur l’inefficience de la primauté des décisions managériales sur l’intérêt des actionnaires, ils développent la théorie de l’inefficience-X et se méfient des diversifications conglomérales[41]. Enfin, ils ne croient pas que le libre jeu du marché permette de remettre en question les positions dominantes. Pour la théorie des marchés contestables développée par William Baumol John Panzar et R. Willig, il n’est pas nécessaire d’avoir un grand nombre d’acteurs la menace d’entrée de nouvelles firmes suffit. Pour John Panzar[42] cette théorie s’inscrit dans la continuité des travaux d’Henry Demsetz et donc peut être perçue comme relevant de l’école de Chicago

[modifier] L’école de Chicago

L’approche structuraliste d’Harvard va être contestée par l’école de Chicago dont les principaux auteurs sont Bork, Richard Posner, George Stigler et Henry Demsetz. Trois idées sont avancées[43]

  • Le monopole peut être une structure de marché naturelle en présence de fortes économies d’échelles
  • La concentration industrielle n’est que le résultat d’un processus de sélection. La rente dont dispose les vainqueurs n’est qu’une juste récompense qui doit disparaître rapidement sous l’effet de la concurrence. Ils ne croient pas au paradoxe de la concurrence selon lequel une concurrence laissée sans règle s’autodétruirait[44]
  • Le pouvoir de marché est propice à l’innovation à la Joseph Schumpeter

Pour Michel Glais,[45] "aux yeux de ces économistes le principe de concurrence représente la loi naturelle et efficace du fonctionnement des sociétés organisées".

[modifier] La politique de la concurrence aux États-Unis

[modifier] Organisation et textes fondateurs

Les États-Unis ont été pionniers en matière de concurrence avec l’adoption dès juillet 1890 du Sherman Act suivi en 1914 du Clayton Act et du Federal Trade Commission Act. Suivront le Robinson-Paman Act de 1936 sur la discrimination par les prix, et au niveau du contrôle des concentrations, le Celler-Kefauver Act (1950) et le Hart Scott-Rodina Act de 1976 [46] Aux États-Unis, deux autorités sont principalement chargées de la concurrence : la Federal Trade Commission et la division Antitrust du Department of Justice (DOJ). Cette dernière à la différence de ce qui se passe en Europe peut engager des poursuites pénales[47]. D’une manière générale, les autorités judiciaires, sont très présentes tout au long de la procédure. Par ailleurs, « les victimes de comportement anticoncurrentiels peuvent engager un class action et la règle du « triple dommage » (treble damages) permet au plaignant de recevoir jusqu’à trois fois le montant du préjudice qu’il a subi[48] »

[modifier] Les grandes phases

David Encoua et Roger Guesnerie[49] distinguent plusieurs phases

  • La mise en place des premières lois fédérales. La Cour Suprême tentant d’en limiter la portée car elle était convaincue du bien fondé du « laissez faire ».
  • Une certaine mise en sommeil (1915-1936). Notamment avec le National Industrial Recovery Act (NIRA) des débuts du New Deal.
  • Une période activiste liée à l’influence de l’école structuraliste de Harvard (1936-1972). À partir de 1936, Franklin Delano Roosevelt va mettre en œuvre une politique de la concurrence très active qui sera poursuivie jusqu’en 1972[50].
  • Une période marquée par l’influence de l’École de Chicago (1973-1992) avec une très grande focalisation sur l’efficacité économique
  • La synthèse post Chicago et l’apport de la théorie des jeux

Suite à un rapport du MIT intitulé Made in Amerca : Regaining the Production Edge (1989) écrit notamment par Dertouzos, Lester et Robert Solow, le National Cooperative Research and Production Act (NRCPA) de 1993 qui lui-même faisait suite au National Cooperative Research Act (NCRA) de 1984, a posé le principe que les accords de coopération en recherche et développement devaient être évalués en appliquant la règle de raison [51]. Enfin, en 1997 les lignes directrices sur le traitement des opérations de concentration ont été assouplies de même que celles portant sur la propriété intellectuelle [52]

[modifier] Les politiques de la concurrence dans l’Union européenne

L’Europe va se doter avec le traité de Rome d’une politique de la concurrence le but était de « déterminer des règles de concurrence permettant d’aboutir à un marché intégré, indépendamment des règles en vigueur dans chaque État membre, en veillant à ce que le droit communautaire couvre les droits nationaux des États membres[53]. Le texte de ce traité doit beaucoup à Pierre Uri et à Hans von der Groeben qui fut le premier commissaire allemand chargé de la concurrence. Pour Jacques Rueff [54] le marché institutionnel des communautés européennes devait « rassembler les partis que préoccupent, avant tout la liberté de la personne et ceux qui, tour en refusant la contrainte des volontés individuelles, veulent, dans la répartition, moins d’inégalité et plus de justice[55]. Sur le plan théorique donc la législation européenne de la concurrence est fortement marquée par l'approche structuraliste[56]

[modifier] L’organisation

En Europe, c’est la Direction générale de la concurrence dirigée par actuellement par Nelly Kroes (commissaire européen) qui est chargée d’instruire les dossiers. Les décisions de la commission européenne sont susceptibles de recours devant le tribunal de Première Instance des Communautés Européennes ou devant la cour de justice des communautés européennes. La censure de plusieurs décisions de la commission européenne par le tribunal de première instance en 2002 (affaires Airtour -6 juin 2002-, Schneider Legrand - 22 octobre 2002-, et Tetra-Laval -25 octobre 2002-)a fait l'objet d'une double analyse.

  • Pour Marie-Anne Frison-Roche[57] elle traduit la volonté de la juridiction européenne de ne pas s'en tenir à un contrôle procédural mais à affirmer "son pouvoir de mener une analyse substantielle des concentrations, laquelle se substitue aux analyses de la Commission."
  • Laurent Cohen-Tanugi[58] fait un constat assez proche mais souligne également que la décision du tribunal devrait amener la Commission à plus prendre en compte les théories économiques de l'école de Chicago.

Les décisions européennes s’appliquent à des entreprises dont le siège social n’est pas forcément en Europe. C’est ainsi que le juge communautaire le 17 septembre 2007 a validé la décision de la Commission condamnant Microsoft pour infraction aux règles de la concurrence[59]. Certains [60] voient dans ce jugement un manque de prise en compte de l'innovation et d'une certaine façon, pour eux une trop grande prise en compte des thèses structuralistes.

[modifier] Les grands axes de la politique européenne de la concurrence[61]

[modifier] Les ententes et les cartels
Icône de détail Article détaillé : cartel.

Tout partage de marché, toute fixation de quota de production, toute entente sur les prix entre entreprises sont interdits en vertu de l’article 81 du Traité de Rome [1]. Sont donc interdites les ententes horizontales intervenant entre opérateurs situés au même stade du processus économique (cartel) ainsi que les ententes verticales conclues entre opérateurs situés à des stades différents du processus économique.

En réalité certains accords verticaux vont être évaluées à la lumière d’une « règle de raison », c’est-à-dire que l’on va étudier si les avantages économiques seront supérieurs ou non aux inconvénients.

[modifier] Les abus de position dominante
Icône de détail Article détaillé : abus de position dominante.

L’article 82 du Traité de Rome[2] n’interdit pas les positions dominantes, il n’en interdit que l’abus. Sont considérés comme abusifs :

  • des prix abusifs
  • les accords de vente exclusif
  • Les primes de fidélité visant à détourner les fournisseurs de leurs concurrents.

La notion d'abus de position dominante doit beaucoup à l'école structuraliste de Harvard. Si certains veulent une évolution vers les thèses de l'école de Chicago d'autres tel Paul Fabra[62] s'en inquiètent et souhaitent à ce que la position dominante continue à se juger par rapport au nombre de concurrents. Ils tiennent l'évolution présente comme un encouragement à ce qu'ils appellent les "investisseurs prédateurs". En 2006 la CCIP ( Chambre de commerce et d'industrie de Paris) a publié une étude sur les évolutions souhaitables pour elle de l'article 82[63]

[modifier] Les aides de l’État

Les aides de l’État sont contraires aux articles 87 et 88 du traité de Rome [3]. Toutes les aides susceptibles d'affecter les échanges entre les Etats membres sont concernées (les subventions, les bonifications d’intérêt et les exonérations d’impôt...) si elles dépassent 100 000 euros. Le contrôle des aides est en application de l’article 88 de la compétence exclusive de la Commission. Celle-ci peut soit obliger l’État à ordonner la restitution de l’aide soit subordonner l’aide à des engagements précis. Toutefois des dérogations sont permises dans trois cas précis :

  • favoriser le développement économique de régions dans lesquelles le niveau de vie est anormalement bas
  • promouvoir la réalisation d'un projet important d'intérêt européen commun ou remédier à une perturbation grave de l'économie d'un État membre
  • promouvoir la culture.

[modifier] Les services d’intérêts économiques généraux

L’article 86[4] du traité de Rome assujettit les entreprises publiques gérant les services d'intérêts économiques généraux aux règles de la concurrence. Toutefois ce texte n'a longtemps eu qu'une portée symbolique. La situation va changer quand les États-Unis vont dérèglementer le transport aérien sous la présidence de Jimmy Carter et vont démanteler en 1984 ATT qui détenait le monopole des télécommunications aux États-Unis. Peu à peu l'Europe verra l'intérêt de telles politiques et à son tour commencera à introduire de la concurrence en faisant appliquer les textes dans les secteurs du transport aérien et des infrastructures essentielles[64] : chemin de fer, lignes téléphoniques et électriques notamment.

[modifier] Les concentrations [65]

Le contrôle des concentrations a été tardivement généralisé dans le droit de la CEE, puisqu’il a fallu attendre pour cela l’adoption en 1989 du règlement n°4064/89 remplacé depuis en 2004 par le règlement n°139/2004. Le contrôle des concentrations occupe maintenant une place importante car les rapprochements d'entreprises ont le plus souvent un caractère communautaire[66]. D'une manière générale, si les interdictions pures et simples sont rares, il est fréquemment demandé aux entreprises de se soumettre à un certain nombres de conditions afin de garantir le maintien d'une concurrence loyale. Par exemple lors de la fusion Air France KLM en février 2004, les entreprises ont dû céder des créneaux aériens afin de ne pas réduire la concurrence sur certaines destinations.

[modifier] La France et la concurrence

Certains se demandent si la France n'a pas un problème avec la notion même de concurrence. Quelque soit la réponse à cette interrogation, l'ouverture à la concurrence des infrastructures essentielles semblent y poser plus de difficultés qu'ailleurs.

[modifier] Y a-t-il une difficulté française à accepter la concurrence ?

Pour Jean Quatremer[67] le débat intense en France sur la notion de « concurrence libre et non faussée » n'a pas beaucoup agité les autres pays européens. Dans la même veine, Mario Monti[68] notait en novembre 2007, que les sondages avaient longtemps montré qu'il y avait en France une hostilité sans égale dans le monde à l'économie de marché. Pourtant, pour cet économiste, des signes d'une petite révolution sont perceptibles à travers la prise de conscience des dirigeants que pour avoir plus de croissance il fallait plus de concurrence. Alain Lamassoure[69] explique l'hostilité des français à l'économie de marché par l'addition de plusieurs traditions :

Dans leur ouvrage La Société de la défiance, Yann Algan et Pierre Cahuc[70] soulignent que « la confiance mutuelle et le civisme sont essentiels au bon fonctionnement des marchés, car ils facilitent une concurrence pacifique et équitable ». Or les enquêtes depuis plus de vingt ans montrent que les français se méfient plus souvent de leurs concitoyens, des pouvoirs public et du marché que le reste des habitants des pays développés. Pour ces auteurs[71] c'est le mélange de corporatisme et d'étatisme du modèle social français qui provoquerait à la fois cette défiance et cet incivisme. Il y aurait comme un cercle vicieux où plus de défiance entraine plus de demande d'État qui crée plus de barrières à la concurrence en donnant d'une certaine façon à ceux qui ont des moyens de protester des privilèges qui à leur tour engendrent de la défiance parmi ceux qui n'en profitent pas ou qui estiment en profiter moins que d'autres[72]

[modifier] Le problème de l'ouverture à la concurrence des infrastructures essentielles

Icône de détail Article détaillé : monopole naturel.

Il s'agit de cas très particuliers, rencontrés en général dans le domaines des services dans lesquels l'existence d'un réseau d'infrastructure unique est source d'efficience. Augmenter le nombre de concurrents ne permet alors plus de financer les coûts fixes importants de l'activité. Par contre plus de concurrence amène plus d'innovations ainsi qu'en général une diminution des coûts.

[modifier] Les solutions retenues

Ces secteurs peuvent entrer dans le champ de la concurrence de deux manières :

  • soit en séparant la gestion du réseau de celle de l'exploitation des services destinés aux clients finaux (principe de la théorie des trois couches) : c'est la voie choisie en Europe pour l'électricité, le gaz et les chemins de fer : le réseau reste un monopole, souvent public, et son accès est ouvert moyennant le paiement d'un péage aux gestionnaires de réseaux, à des exploitants publics ou privés, concurrents entre eux ; on parle alors de concurrence « dans le marché ». Une autorité de régulation indépendante ART pour les télécommunications, CRE pour l'énergie. Dans le cas du rail, les voies ferrées appartiennent à un organisme d'État le Réseau ferré de France qui ensuite les loue à des intervenants dont la SNCF
  • soit par le régime de la concession : l'exploitation est mise aux enchères pour une durée limitée et renouvelée par le même moyen périodiquement ; on parle alors de concurrence « pour le marché ». C'est le cas par exemple de l'eau, et des transports urbains [73] qui bénéficie d'une concession longue de service public.

[modifier] Les oppositions en France

Selon les analyses, des altermondialistes et des interventionnistes :

  • le monopole public est préférable puisque l'État peut jouer le rôle de régulateur sur d'autres objectifs que ceux du marché.
  • la concurrence ne doit pas être étendue à tous les domaines, dont notamment la santé, l'éducation, la justice, la culture, etc.

Les syndicalistes puissants dans ces secteurs EDF, France Telecom, SNCF semblent méfiants. Des syndicalistes de France Telecom [74] avançaient en 2001 trois risques :

  • Le risque de cartellisation. Il s'agit d'un risque réel. Les trois grands de la téléphonie mobile ont été sanctionnés par le conseil de la concurrence (sanction confirmée en appel) pour ce fait[75]. Mais sur ce point les autorités de la concurrence ont montré qu'elles veillaient
  • L'asymétrie de puissance entre les entreprises et l'autorité de régulation. A contrario, des économistes en France semblent davantage craindre la capture du régulateur par des cadres ayant fait leur carrière dans l'industrie régulée ou dans l'ancienne administration de tutelle[76]
  • La perte de synergie et l'instabilité de l'offre

Concernant l'énergie électrique l'ensemble des parties prenantes en France semblent peu désireuses d'aller de l'avant et pour Bernard Salanié[77] la concurrence avancerait à reculons faisant peser une hypothèque sur notre capacité à renouveler le parc de centrales nucléaires

[modifier] Les critiques adressées aux politiques de la concurrence

[modifier] La critique de certains libéraux

Pour eux les mécanismes censés garantir la concurrence :

  • seraient inefficaces car rarement respectés;
  • en partie incompatibles avec les fondements de la théorie libérale :
    • la propriété privée : briser les cartels nécessiterait de modifier les droits de propriété d'une partie de l'entreprise qui se trouverait scindée,
    • la libre entreprise : le patron serait soumis à des règles ayant précisément pour but d'éviter que son entreprise devienne trop puissante.

Plus profondément, certains libéraux, comme Pascal Salin, mettent en évidence que les politiques de concurrence sont fondées sur la théorie de la concurrence pure et parfaite, qui est elle-même incapable de rendre compte des mécanismes réels de l'économie[78]. Ainsi, les politiques de la concurrence chercheraient non pas à faire profiter l'ensemble des acteurs économiques d'une réelle concurrence, mais à forcer l'économie à se plier à un cadre irréaliste. Dans cette vision critique, la seule notion de concurrence qui rende compte des mécanismes réels de l'économie serait celle de la libre entrée sur les marchés : il s'agit d'une vision dynamique. À l'inverse, la théorie de la concurrence pure et parfaite n'appelle concurrence que la situation dans laquelle les producteurs (comme les acheteurs) sont suffisamment nombreux et donc petits par rapport à la taille du marché pour n'avoir aucun pouvoir d'influencer les prix. C'est la théorie atomistique, qui est une vision statique. Les réglementations qui en découlent vont ainsi se préoccuper de définir un marché pertinent, pour en mesurer la taille, et déterminer la part de marché du producteur, qui si elle est trop importante sera considérée comme une position dominante. Certains des comportements de ce producteur seront alors qualifiés d'abusifs et sanctionnés comme tels.

[modifier] La critique anti-libérale

Les adversaires de la concurrence mettent l'accent sur les coûts.

  • Les coûts liés à la production : dans un système concurrentiel, chaque entreprise est contrainte de développer ses propres infrastructures (bâtiments, centres de recherche, usines, parfois réseaux…). Dans de nombreux cas, les gaspillages peuvent être considérables. The Economist émettait ainsi l'hypothèse que « la cause ultime de la crise dans le secteur des télécommunications [en 2002] est que trop de concurrents ont décidé de construire d'énormes réseaux pour lesquels la demande était faible [79]».
  • Les coûts liés à la commercialisation : en situation de concurrence, la lutte pour la conquête de nouveaux clients ou de nouveaux marchés nécessite des dépenses considérables (publicité, démarchage...) qu'un monopole, a fortiori public, n'aurait pas à financer. Toutes ces dépenses n'apportent rien à la qualité du produit, mais représentent une partie importante du prix final payé par le consommateur.
  • Les coûts liés à la rémunération du capital : une partie du prix payé par le consommateur sera consacrée aux dividendes des actionnaires si l'ensemble des opérateurs sur le marché sont privés.
  • Les coûts de la recherche d'information : pour le consommateur, déterminer l'offre la plus adaptée peut représenter un coût individuel très important dans des domaines où la comparaison des prix, les capacités des nouveaux entrants à assumer les services proposés sont difficiles à déterminer.
  • Les coûts du maintien de la situation de concurrence : les études empiriques consacrées aux tentatives de faire fonctionner un « marché parfait », conforme à la théorie économique standard, témoignent de l'hypercentralisation des décisions qu'un tel mode de fonctionnement implique[80].

[modifier] Concurrence et commerce international

Les États peuvent également chercher à faire émerger des « champions nationaux », en contrariant temporairement la concurrence interne.

Les dirigeants politiques peuvent décider de mettre en place des barrières douanières et des réglementations afin de limiter la concurrence des produits étrangers ; certains États utilisent également des moyens détournés, comme la normalisation, ou la sécurité pour interdire de fait l'entrée de concurrents étrangers. En règle générale, les investissements des non-résidents sont contrôlés de manière discrétionnaire ou par la loi. Jouent le même rôle les règles d'accès à certaines professions, en matière de services notamment.

  • Pratiques de discrimination positive : dispositions en faveur des sociétés nationales, leur réservant par exemple un quota de contrats gouvernementaux[81].
  • Dépenses ou subventions versées par l’État ayant pour objectif de développer des secteurs d'activité protégés (armement, agriculture, industries exportatrices…)
  • Politiques de change visant à l'amélioration de la compétitivité nationale en agissant sur les parités des devises.
  • Comportement tatillon ou partial des autorités nationales (respect environnemental[82] et réglementaire, sécurité sanitaire[83], moralité des affaires…).

Les États essayent également de négocier au mieux de leurs intérêts les réglementations reconnues au niveau international : OMC...

[modifier] Notes et références

  1. Montesquieu De l’esprit des lois XX, 9
  2. Le mot concurrence se traduit en anglais par competition
  3. Pour Denis Clerc, c’est la deuxième grande affirmation du libéralisme après celle visant à penser qu’il est impossible que l’intérêt particulier ne concoure pas à l’intérêt général Voir Alternative économique Hors-série sur le libéralisme, 1er trimestre 2002, p.16.
  4. Mainstream en anglais en France certains diraient néoclassiques mais nous verrons que c’est trompeur
  5. « Si le marché institutionnel se distingue du marché manchestérien….c’est parce qu’il repose sur une vue totalement différente de l’évolution des sociétés humaines. Pour les libéraux d’ancienne observance, la liberté est pour l’homme, l’état de nature. ….Pour le néolibéral, au contraire, la liberté est le fruit, lentement obtenu et toujours menacé, d’une évolution institutionnelle… À l’opposé de Rousseau, il pense que la grande majorité des hommes est née dans les fers, dont le progrès des institutions peut seul la sortir….Libéraux et néo-libéraux ont une foi égale dans les bienfaits de la liberté. Mais les premiers l’attendent d’une génération spontanée…. alors que les seconds veulent la faire éclore, croître et se développer, en la rendant acceptable et en écartant d’elle les entreprises qui tendent constamment à l’annihiler »in Rueff, 1958, pp.8-9
  6. Smith, 1991, t1, pp.126-127
  7. Smith, 1991, t1, p.205
  8. Smith, t1, pp.208-211
  9. Stigler, 1987, p.532
  10. Cité in Stigler, 1987,p.532
  11. Cité in Stigler, 1987,p.532
  12. Stigler, 1987, p.533
  13. Stigler, 1987, p.533
  14. Stigler, 1987, p.533
  15. Stigler, 1987, p.534
  16. Stigler, 1987, p.534
  17. Stigler, 1987, p.533
  18. Stigler, 1987, p.533
  19. Delfavard, 2004, p.11
  20. Gérard Debreu a été appelé par Jean-Marc Vittori, l’homme qui calcula la « main invisible », Les Échos des 7 et 8 janvier 2005
  21. chaque ménage dispose d’une dotation initiale qui lui permet de survivre sans échanger, les préférences sont convexes et absences de coûts fixes voir Bernard Guerrien, 1992
  22. Denis Clerc, La mauvaise concurrence chasse la bonne, Alternatives économiques mars 2001.
  23. confère Main invisible#La « main invisible », concept repris par les néoclassiques
  24. Clavé, 2005b, pp.50-53.
  25. Friedman, 1995, p.11
  26. F. Hayek,1937, Economic and Knowlege, Economica(Lire en Ligne)
  27. voir Israël Kirzner (1973) Concurrence et esprit d’entreprise, Economica 2005
  28. Partant de ces bases, Starrett a démontré en 1978 le résultat suivant : Considérons une économie admettant un nombre fini d’agents et de localisations. Si l’espace est homogène, si le transport réclame des ressources rares et si les préférences ne sont pas saturées localement, il n’existe pas d’équilibre concurrentiel pour lequel les dépenses de transport sont positives. Si les activités économiques sont parfaitement divisibles, alors il existe un équilibre concurrentiel et celui-ci est tel que chaque lieu opère en autarcie." (Thisse et Fujita, Cahiers d’économie et sociologie rurales, n° 58-59, 2001)
  29. (voir interview)
  30. Claire Guélaud, Les oligopoles privés rendus responsables de la "vie chères", Le Monde du 19 décembre 2006
  31. Gilles Dostaler, 2007, p.83
  32. Williamson, 1994, pp.165-196
  33. cité in Glais, 2003, p.21
  34. Glais, 2003, p.21
  35. C’est ce que Michel Glais (2003, p.22) appelle le bilan économique)
  36. Michel Glais, 2005, p.27
  37. Clavé, 2005a, p.96
  38. Clavé, 2005a, p.99
  39. Clavé, 2005a, p.99
  40. Combe, 2002, p.14
  41. Michel Glais, 2003, p.22
  42. John Panzar, 1987, p.543
  43. Combe, 2002, p.15
  44. Michel Glais, 2003, p.21
  45. Glais, 2003, p.21
  46. Emmanuel combe, 2003, p.30
  47. Combe, 2003, p.29
  48. Combe, 2003, p.29
  49. Encaoua et Guesnerie, 2006, pp.26-35
  50. Encaoua et Guesnerie, 2006, p.27
  51. Encaoua et Guesnerie, 2006, p.30
  52. Encaoua et Guesnerie, 2006, p.34
  53. Encaoua et Guesnerie, 2006 , p.33
  54. Rueff 1957, p.7-8, « Au « laisser-passer » total, ils ont préféré un marché limité au domaine géographique dans lequel la création des Institutions sans lesquelles le marché ne pourrait, ni exister, ni durer, était possible… Le marché institutionnel est ainsi l’aboutissement et le couronnement de l’effort de rénovation de la pensée libérale, qui, a pris naissance il y a une vingtaine d’année, qui sous le nom de néo-libéralisme ou de libéralisme social, voire de socialisme libéral a pris conscience, progressivement, de ses aspirations et des méthodes susceptibles de les satisfaire
  55. Rueff, 1957, p.9
  56. Glais, 2003, p.23
  57. Marie-Anne Frison-Roche "L'encerclement juridictionnel du contrôle des concentrations" Les Échos des 11 et 12 avril 2003
  58. Laurent Cohen-Tanugi, « Contrôle des concentrations : le temps des réformes », Les Échos du 29 octobre 2002
  59. Voir Sylvie Goulard, « Microsoft, ou l’Europe par la preuve », Le Monde du 27/09/07
  60. voir notamment Claire Vanini Fondation Robert Schuman Lire en ligne
  61. Lire en ligne
  62. Paul Fabra, « L'Europe dépossédée », Les Échos des 28 et 29 octobre 2005
  63. Étude CCIP Lire en ligne
  64. Pour Glais, 1998, une infrastructure essentielle doit avoir un caractère indispensable et incontournable, doit être très difficilement duplicable et se trouve sous le contrôle fonctionnel d'une entreprise ou d'un groupe d'entreprises en situation de monopole
  65. lire en ligne
  66. Pour plus de précisions Lire en ligne
  67. Compte rendu de la journée de Travail sur "la France et l'Union européenne face à la politique de concurrence" organisée par le Mouvement Européen-Franceet le Ceri-Sciences Po Lire en ligne
  68. Compte rendu de la journée de Travail sur "la France et l'Union européenne face à la politique de concurrence" organisée par le Mouvement Européen-Franceet le Ceri-Sciences Po Lire en ligne
  69. Compte rendu de la journée de Travail sur "la France et l'Union européenne face à la politique de concurrence" organisée par le Mouvement Européen-Franceet le Ceri-Sciences Po Lire en ligne
  70. Yann Algan, Pierre Cahuc, 2007, p.57
  71. Yann Algan et Pierre Cahuc, 2007, p.8
  72. Pour plus de précisions voir Yann Algan et Pierre Cahuc, 2007, pp.95-96
  73. sauf la RATP
  74. Une autre idée des télécoms, Éditions Vie ouvrière, Paris, 2001, p.61-62.
  75. Claire Guélaud, Les oligopoles privés rendus responsables de la "vie chère", Le Monde du 19/12/2006
  76. Perrot, 2003, p.55
  77. Bernard Salanié, La concurrence à reculons Lire en ligne
  78. La Concurrence, Pascal Salin, 1995, Que sais-je ?, Presses universitaires de France
  79. The Economist, 20 juillet 2002.
  80. Voir par exemple, Garcia Marie-France, « La construction sociale d'un marché parfait : le marché au cadran de Fontaines en Sologne », Actes de la recherche en sciences sociales, n°65, 1986, p. 2-13.
  81. Cf. Small Business Act de 1982, programme d'aide aux PME des USA.
  82. Cf. contrats de BP en Russie…
  83. Comme par exemple, l'autorisation ou non de médicaments, etc.

[modifier] Voir aussi

[modifier] Liens externes

[modifier] Bibliographie

  • Montesquieu,1748, De l'Esprit des lois, La Pléiade tome 2, 1951.
  • Adam Smith, 1776, La richesse des nations, GF-Flammarion, 1991.
  • Jacques Rueff, 1958, "Le marché institutionnel des communautés européennes", Revue d'économie politique Janvier Février.
  • Jacob Viner, 1960, The Intellectual History of Laissez Faire, Journal of Law and Economics
  • Louis Franck, 1967, La libre concurrence, Que sais-je, Puf
  • Henry Densetz, 1982, Economic, Legal and Political Dimensions of Competition, North-Holland Publishing Company.
  • George Stigler, 1987, "Competition", The New Palgrave.
  • John Panzar, 1987, Competition and efficiency, The New Palgrave
  • Bernard Guerrien, 1991, L'Économie néo-classique, La Découverte.
  • Bernard Guerrien, 1992, Les bases de la théorie économique, Pour la science
  • Oliver Williamson, 1994, Les institutions de l'économie, InterEditions.
  • Michel Glais, 1992, Économie industrielle, les stratégies concurrentielles des firmes, Litec
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  • Pascal Salin, 1995, La concurrence, Que sais-je ?, Presses universitaires de France
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  • Michel Glais, 2003, « État, marché et concurrence : Les fondements d’une politique de la concurrence », in Benoît Ferrandon, « Concurrence et régulation des marchés », Cahiers français n°313.
  • Anne Perrot, 2003, « Concilier service public et concurrence : l’économie de la réglementation » in Benoît Ferrandon, « Concurrence et régulation des marchés », Cahiers français n°313.
  • Hervé Defalvard, 2004, Comment enseigner la microéconomie en 1° cycle universitaire, Problèmes économiques, du 17 mars 2004. Article initialement paru in Revue d’économie politique N°5 de septembre octobre 2003 sous le titre "Pour un nouvel enseignement de la microéconomie en premier cycle universitaire".
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  • Bernard Guerrien, avril 2005, « La concurrence parfaite : une drôle de concurrence ! », Alternatives économiques
  • Emmanuel Combe, 2005, Économie et politique de la concurrence, Dalloz.
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  • Francis Urbain Clavé, 2005b, "Adam Smith face au système de l’optimisme de Leibniz", Revue de philosophie économique.
  • David Encaoua,2006, Roger Guesnerie, La politique de la concurrence, CAE n°60 Lire en ligne
  • Code de droit de la concurrence. Aspects belge et européen de Verdure, C. et Nihoul, P., Larcier, Bruxelles, 2005, ISBN 2-8044-1556-2
  • Gilles Dostaler, 2007,«Ronald Coase, pionnier de la nouvelle économie institutionnelle», Alternatives économiques, décembre.
  • Yann Algan, Pierre Cahuc, 2007, La Société de défiance : comment le modèle social français s’autodétruit, Éditions rue d’Ulm Lire en ligneNote de lecture d’éconoclaste